Changements à la mairie de Saint-Denis, M. Paillard répond aux questions des élèves.

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M. Paillard avec M. Russier dans le bureau du maire de Saint-Denis.

Nous avons eu la chance de pouvoir poser des questions à M. Paillard qui a annoncé sa démission il y a quelques semaines, le 1er décembre.

  • Nous avons vu sur Wikipédia, que votre père était déjà engagé à St-Denis au parti communiste. En quoi votre père a-t-il été un modèle ?

Modèle pour la générosité, l’attention aux autres et les constructions sociales. A l’époque, dans les usines, et toujours aujourd’hui c’est des rapports sociaux compliqué avec un patron qui veut gagner beaucoup de sous sur le dos des ouvriers. Il faut donc être ensemble, construire des résistances, revendiquer de gagner plus, améliorer les conditions de travail. On était jamais tout seul. On trouve des solidarités. A Saint-Denis, il n’y avait que des ouvriers. On se posait les mêmes questions qu’aujourd’hui « quel est le devenir de nos enfants ? » « Que peut-on leur offrir de mieux ? » : des écoles, des bibliothèques, de quoi s’élever.

  • Sur ce même site, nous avons vu que vous avez été ouvrier est-ce vrai ?

J’étais dans une entreprise sur l’avenue Wilson, là où il y a marqué « l’Usine » qui est devenu un endroit pour les réceptions. Avant cela s’appelait la pharmacie centrale de France. On faisait des produits pharmaceutiques, des produits chimiques. J’ai fait cela jusqu’en 1977.

« Il faut être ensemble ».

  • Quand et pourquoi avez-vous commencé à militer ?

J’ai pris le virus avec mes parents, de toujours être attentif aux autres, de construire collectif, de toujours jouer collectif, cela donne envie de s’engager. Chacun est soit mais pour être soit il faut être ensemble. J’ai trouvé que c’était au parti communiste que cet engagement était le plus sincère.

  • Pourquoi avez-vous eu envie de devenir maire ?

J’ai eu beaucoup envie de devenir élu, maire c’est venu après. Je n’ai pas forcément eu l’envie. Pour moi, c’est un honneur d’être maire de la ville où je suis né, dans laquelle j’ai travaillé. J’étais premier adjoint au maire de M. Braouzec. On peut faire beaucoup de choses quand on est adjoint. Quand on est maire, c’est un travail particulier, on est toujours en avant. Pour moi c’est un honneur d’être maire mais je ne courrais pas après comme dise les gens, je n’avais pas ce profil de dire « je veux être maire de Saint-Denis ».

« Beaucoup de fierté de servir la population de Saint-Denis« .

  • Le jour de votre élection en tant que maire, qu’avez-vous ressenti ?

Beaucoup de fierté de servir la population de Saint-Denis parce que j’en sors et que j’ai beaucoup de respect pour les gens de Saint-Denis. C’est en général des gens modestes qui ont des vécus incroyables, qui viennent du monde entier et qui refont leur vie ici. Ce sont donc des gens solides. Il y a des hauts et des bas mais c’est plutôt des gens avec une grande hauteur d’esprit. Ce n’est pas parce que l’on n’a pas beaucoup d’études qu’on ne maîtrise pas forcément la langue qu’on est des petits. Ici on est des grands.

« On a l’obligation de préparer les jeunes générations ».

Les causes de son départ

  • Pourquoi avez-vous démissionné ?

Parce que je considère qu’il faut faire la place aux jeunes. J’ai l’âge de la retraite (NDLR : l’interview a été faite le jour de son anniversaire).

La société bouge très vite, il faut en prendre la mesure et je crois qu’on a l’obligation de préparer les jeunes générations. Ce n’est pas une démission où je m’en vais où je dis « ciao, bonsoir ». C’est une démission où j’accompagne le nouveau maire pour que tout se passe bien, qu’il n’y ait pas d’à coup pour Saint-Denis.

1- J’ai l’âge de la retraite.

2- Il faut préparer l’avenir avec des jeunes et mettre devant des jeunes.

3- J’ai fait l’équivalent de deux mandats, j’ai fait 12 ans et j’essaie de faire un peu ce qu’on dit, c’est à dire je ne suis pas pour le cumul des mandats et le cumul du nombre de mandats parce que j’ai été adjoint au maire, vice-président du conseil général, et je suis toujours à l’agglomération. Quand je suis devenu maire, j’ai arrêté mon mandat de conseil général (maintenant conseiller départemental) parce que c’est trop de travail et je ne suis pas forcément pour un cumul dans la longévité des mandats. Je dis ça alors que je suis élu depuis 1977 mais en tant que maire en tout cas je pense que deux mandats, c’est beaucoup, et puis, il faut le dire, c’est beaucoup d’attention jour et nuit, tous les jours et donc ça use un peu. On prend aussi des bonnes et des mauvaises habitudes et c’est bien de se remettre en cause, de faire évoluer les choses.

« Etre maire, c’est un travail épuisant ».

  • Quelles sont ces mauvaises habitudes ?

Être moins attentif. Au fil du temps, on prend des habitudes et il y a des choses sur lesquelles on ne réagit pas comme au début.

Et puis, c’est un travail épuisant.

  • Cette expérience a-t-elle eu un impact sur votre vie de famille ?

Oui bien sûr. Au delà d’être reconnu comme maire, il y a les enfants, ma compagne. Chacun est situé désormais par rapport au premier personnage de la ville ; « tu es la femme de…, tu es le fils ou la fille de…… ». Cela a des répercussions. Il faut muscler tout le monde, c’est à dire il faut prendre de la distance par rapport à tout ça. C’est la question du rapport au pouvoir et le rapport au pouvoir en politique c’est terrible. Après les gens de St-Denis sont très respectueux. J’ai un rapport à ma ville qu’est fait de respect et c’est dans les deux sens.

  • Quelle a été la réaction de vos adjoints lorsque vous avez annoncé votre départ ?

Mes adjoints été surpris. Parce que c’est une décision personnelle et que, en politique, je suis un gamin. Il y a beaucoup de vieux messieurs et parfois de vieilles dames en politique. Cette décision chamboule tout le monde car il y a un équilibre et d’un coup on enlève la pièce la plus haute de cet équilibre du pouvoir local qui dit vouloir s’en aller. C’était un étonnement et la première chose était

« pourquoi ? 

– Tu es malade ? 

– Non je ne suis pas malade. » et j’essayais de les convaincre que c’était une question de vitalité politique en disant qu’il faut changer et mettre d’autres en avant.

Quel Bilan ?

« On a fait avancer la ville ».

  • Que retenez-vous de ces 12 années en tant que maire ?

Beaucoup de choses. J’ai l’impression, surtout dans votre quartier, qu’il y a toujours des choses nouvelles qui se font. On a fait avancer la ville.

En 10 ans on a construit 20 écoles neuves. L’arrivée du métro, de la ligne 12, le tramway. On en avait un, maintenant on en a trois. La maternité aussi est neuve. C’est une maternité où il y a 4500 accouchements par an. Maternité d’un très bon niveau de soin.

Je retiens aussi le fait que la population de Saint-Denis reste une population modeste. Le chômage est très fort, toujours massif, notamment pour les jeunes et les femmes. Il y a des choses que l’on ne sait pas régler, ça je le maintiens. Le logement est un drame pour beaucoup de gens. Beaucoup sont dans des logements pourris et ils mériteraient mieux. On a beau construire beaucoup de logements, on arrive pas à résoudre la crise du logement. C’est un bilan qui… (NDLR : il ne termine pas sa phrase).

« On arrive pas à tout régler ».

La ville de Saint-Denis a un potentiel incroyable d’évolutions mais on n’arrive pas à tout régler. On est une ville de gens modestes. La moitié de la ville a moins de 30 ans.

On a su faire avancer plein de choses. Ce n’est jamais le résultat d’un seul homme, c’est un travail d’équipe. Après voilà, j’ai plutôt un regard positif mais j’ai aussi un regard sur tous les enjeux et toutes les difficultés que l’on a. Je dis qu’il faut vraiment travailler avec la population. On ne peut pas faire avancer la ville sans la population. Il faut s’appuyer sur elle pour la faire avancer. C’est peut-être du charabia, de la langue de bois mais on ne peut pas faire tout seul l’évolution d’une ville. Il faut mettre en mouvement la population.

  • Que pensez-vous avoir apporté à notre ville à titre personnel ?

J’ai essayé de faire en sorte qu’il y ait des rapports sereins et d’intelligence entre les citoyens. Par exemple en 2006, j’ai fait un référendum sur le droit de vote des étrangers. Beaucoup de gens se sont déplacés et cela montraient que la majorité des Dionysiens voulaient que, même si leurs voisins, n’étaient pas Français, ils voulaient qu’ils soient citoyens.

La question de la fierté d’être ensemble de construire ensemble de se respecter et que son intelligence soit respectée malgré la diversité des gens.

  • De quoi êtes-vous le plus fier ?

Le référendum sur le droit de vote des étrangers. Sur 11 000 personnes qui se sont déplacées, 64% était pour le droit de vote des étrangers.

« La vie politique me déçoit ».

  • Qu’est-ce qui vous a le plus déçu ?

La vie politique me déçoit. Je fais de la politique tous les jours mais on n’arrive pas à faire rêver les gens. Or, il faut être un peu utopique, il faut avoir des rêves pour faire bouger les choses. Si on regarde que le bout de ses chaussures, on n’arrive jamais à décoller. Il faut rêver.

« Mon échec, mon grand regret, c’est la question du logement ».

  • Quel est votre plus grand regret en tant que maire ?

Mon échec, mon grand regret, c’est la question du logement. Trop de gens vivent dans des logements indécents. Et je trouve qu’il y a trop de violence. Parmi les jeunes, qui sont les premières victimes par ailleurs. Il faut que l’on arrive à pacifier les rapports humains. On apprend plus avec sa langue qu’avec ses poings.

  • Avec du recul, est-ce que vous auriez changé quelque chose dans votre pratique de maire ?

Peut-être être plus disponible pour les citoyens. Maire c’est être dans toutes les réunions, on est bouffé par la réunionite. Un coup c’est avec le préfet, ensuite avec l’état… On va de réunions en réunions et du coup on ne passe pas assez de temps avec les gens.

  • Après avoir vécu cette expérience, quelles sont selon vous les qualités pour devenir un bon maire ?

L’écoute et l’empathie pour les gens. Il faut aimer les gens. Si on n’aime pas les gens il faut faire autre chose.

  • Qui sera votre successeur ?

J’ai proposé quelqu’un qui me paraît bien. Il s’appelle Laurent Russier. Il est dans l’équipe municipale depuis un mandat. Il s’occupe de l’organisme de logement, Plaine Commune Habitat et qui s’occupe de la politique de la ville. Il a 43 ans, il exerçait comme ingénieur. C’est quelqu’un de bien, qui est sensible, qui écoute beaucoup.

  • Qu’est-ce que vous comptez faire désormais ?

Je reste dans l’équipe municipale. Je vais m’occuper des grands chantiers de la ville et je reste aussi à l’agglomération, Plaine commune, où je m’occupe du développement économique des neuf villes du secteur.

« Je trouvais que c’était bien à Saint-Denis comme nom Iqbal Masih. Cela représente l’avenir des plus jeunes. »

  • Que pensez-vous de notre collège ?

J’adore votre collège. D’abord il se trouve qu’il n’y avait pas de collège à la Plaine. Les enfants de la Plaine partaient à De Geyter ou à Fabien en bus. A cette époque là (NDLR : quand la construction du collège a été décidée) j’étais vice-président du Conseil général (CG) et c’est le CG qui construit les collèges. Je me suis battu pour qu’il y ait un collège à la Plaine, pour trouver les financements, et j’ai organisé le concours d’architecture, j’ai choisi le vainqueur et j’ai proposé le nom. Cela fait beaucoup de moi (rires).

Je trouvais que c’était bien à Saint-Denis comme nom Iqbal Masih. Cela représente l’avenir des plus jeunes. C’est un nom compliqué mais c’est toute une histoire. Il faut savoir que par exemple dans toutes les migrations espagnoles, il y avait des enfants qui travaillaient dans des verreries comme la verrerie Legras qui faisait des bouteilles. Le travail des enfants que dénonçait Iqbal Masih a été l’histoire de la Plaine avec d’autres migrations.

Je trouve que c’est un très bon collège. On l’avait calibré pour que tout le monde dans le collège apprennent la deuxième langue du monde, c’est à dire la langue des signes. Il a été conçu pour accueillir des enfants sourds. Cela n’a pas été fait car l’éducation nationale n’a pas suivi. Cela aurait été formidable que tout le monde sache parler la langue des signes.

J’adore le collège parce que j’ai une histoire singulière avec lui, qu’il correspond à un besoin après c’est le talent de vos professeurs et des élèves qui fait un collège.

Propos recueillis par Sirine, Zakarya, Selma, Lahcen, Dania.

 

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